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Bienvenue sur mon site. Mon premier roman a reçu le prix Fintro Ecritures noires 2018, organisé par la Foire du livre de Bruxelles et remis par un jury de professionnels présidé cette année par Barbara Abel.

C’est un polar qui s’intitule Poissons volants et est sorti en avant-première à la Foire du Livre de Bruxelles le 13 février 2019 !

Il est désormais disponible dans toutes les bonnes librairies. Bonne lecture !

Le 20 décembre 2019, j’aurai aussi le plaisir de publier aux éditions Lamiroy. Nuits d’apnée sera l’opuscule numéro 121 dans une collection qui, tous les vendredis depuis plus de deux ans, fait paraître une nouvelle de 5000 mots.

Poissons Volants à la Foire du livre 2019 from Lucio Arisci on Vimeo.

 

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Papa, c’est ici qu’on place le cœur ? Regarde, on dirait un robot monstrueux et cruel.

Non, attends, c’est là le cœur, derrière les côtes, tu vois ? Regarde sur la boîte, le modèle.

Le temps pressait. Ça allait être l’heure des raisins. Il faudrait allumer la télé pour prendre en cadence les douze grains sur les douze coups de minuit.

T’as vu, on peut lui mettre les jambes à l’envers, comme ça, en l’air, une dans chaque sens ? T’as vu comme il est moche, dis ? Houhouhou… t’as peur, hein, t’as peur, papa ?

Les enfants jouaient avec les cadeaux qu’ils avaient reçus pour Noël. Dans une semaine, les Rois mages débarqueraient pour le deuxième round. Mais cette année, la météo n’était pas à la hauteur des circonstances : on ne s’attendait pas à un Noël blanc, bien sûr, mais quand même, quelque chose était déréglé et Carmen, l’amphitryonne, avait dû dans l’après-midi brancher l’airco pour faire face aux effluves de la cuisine et à une chaleur plus typique du plein été. Les mères en sueur essayaient d’encadrer les querelles de leurs enfants.

Non, Lucía, arrête ! Arrête, je te dis ! Faut partager, non, non, non, laisse ça, laisse, attends, viens ici… Arrête de pleurer, maintenant ! On va partager.

Quelqu’un aurait-il vu la télécommande ?

Les amis étaient tous là, sauf Yolanda. Depuis qu’elle travaillait au Trocadero de Sotogrande, a gourmet paradise in front of the sea, which combines gastronomy, relaxation and elegance, elle n’avait plus beaucoup de soirées à elle, et certainement pas les soirs de fête. On était donc cinq adultes, trois enfants et un bébé.

On va mettre Canal Sur ou la Primera ?

M’est égal mais tu sais où se trouve la télécommande ? Si ça continue, on va rater la présentation et les cuartos1.

Bon sang, Iker, ça suffit maintenant. Rends tout de suite cette seringue à Eva ou vous allez tous au lit. Sans attendre minuit.

David, Ricardo, bordel ! Vous pouvez arrêter de jouer et donner un coup de main pour le raisin ? Amenez les verres, il va être minuit !

Bien dans leur coin, indifférents à l’agitation de leurs familles, les maris s’arrachèrent péniblement à leur partie de PS4. Un Call of Duty en duel mode zombies, sans doute. Ou un truc du genre. Du genre violent, en tout cas, et pas du goût des mamans, les enfants n’étaient pas couchés tout de même ! Comme leur manie de se rouler des deux-feuilles, le bébé sur les genoux ! Encore heureux qu’ils se les étaient fumés sur la terrasse.

Drôle de temps, hein, pour un réveillon ?

Tu parles ! L’année prochaine, c’est des bikinis qu’il faudra que les Rois mages déposent pour les filles. Une chaleur pareille en plein hiver. C’est dégueulasse.

Ça vient d’en face, paraît-il. Le Sahara, finalement, c’est pas si loin.

Malgré tout, c’est bizarre ; la mer aurait dû bloquer tout ça.

Pour bien terminer l’année, le rituel entre mecs. Appuyé à la balustrade, David avait rendu le joint à Ricardo.

Tiens, prends une taffe, c’est toujours ça de pris sur l’ennemi… Et vos voisins, ça ne va trop les déranger tout le boucan qu’on fait ?

Ben, ils sont quasi tous norvégiens ou danois, alors si, en fait, ça les fait chier un maximum. Mais on s’en fout. Après tout, c’est le réveillon de Nouvel An. Et puis on ne fait pas grand-chose de mal.

Ricardo avait tué le joint et ils étaient retournés à leur partie de Play.

Un peu partout sur la côte, des gens n’avaient pas pu attendre et, sans doute des ados, peut-être des enfants, on entendait exploser des pétards depuis une bonne demi-heure. De temps en temps, du côté de Gibraltar, une fusée plus puissante que les autres s’élevait assez haut pour surmonter la Punta Chullera, petit mont qui masquait le paradis fiscal depuis la terrasse. Puis la filée lumineuse mourait, quelque part au-dessus des vignes de moscatel ou de la mer.

Toutes ces détonations mêlées aux rires et aux cris qui emplissaient le salon durent camoufler le bruit des premiers coups de feu.

Alisa Jiménez Rubio, une amie d’enfance des propriétaires, habitait Bruxelles, où elle avait rejoint il y a des années le bataillon des stagiaires cherchant à passer intérimaires ou contractuels, rêvant de réussir le concours pour enfin devenir fonctionnaires dans les Institutions européennes. Avec ses deux filles et son mari, ils fêtaient tous les réveillons de Nouvel An chez leurs amis. Elle s’y sentait un peu chez elle. Elle ouvrit la porte quand on sonna. Et se prit la première balle.

Du 9 mm. Un calibre de gars qui ne plaisantent pas. Elle s’écroula. Finies les pralines, la ganache et les chocolats d’origine pour elle.

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« Los cuartos », littéralement « les quarts », désignent en Espagne les quatre sonneries de carillon qui retentissent juste avant les douze coups de minuit du 31 décembre et préparent ainsi la population au rituel du raisin.

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